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La Lettre d'information  

Forum des Jeunes Solidaires


Discours de Dominique de Villepin, le 25 septembre 2010 au Forum de Grenelle Paris 15, à l’occasion du 1er Forum des Jeunes Solidaires.

Vidéo des interventions de  Serge ORRU, Directeur Général, WWF-France, sur l’écologie, Michel AGLIETTA, Professeur de Sciences Economiques et ancien membre du Conseil d’analyse économique auprès du Premier ministre, sur la crise financière et économique et Christian CHARRIERE-BOURNAZEL, Ancien Bâtonnier du barreau de Paris, sur les droits de l’Homme en France.

Retranscription du discours de Dominique de Villepin

Discours de Dominique de VILLEPIN le 25 septembre 2010 au forum de Grenelle Paris 15ème, à l’occasion du 1er forum des jeunes solidaires.

Nous sommes aujourd’hui rassemblés pour un moment important, le lancement des jeunes solidaires au coeur de République solidaire et je dois dire que mon premier sentiment ce matin c’est un sentiment de fierté. Fierté de vous voir aujourd’hui si nombreux, fierté devant le temps que vous avez passé et les travaux que vous avez mené à la fois sur l’environnement et sur l’emploi, fierté d’avoir pu grâce à vous placer notre rassemblement d’aujourd’hui à un niveau d’exigence qui doit être à mon sens toujours ce lui de la politique. Et je voudrais vous demander d’applaudir tout particulièrement  nos intervenants le professeur Michel AGLIETTA, Serge ORRU et le batonnier Christian CHARRIERE-BOURNAZEL qui nous ont montré que les grands enjeux économiques, écologiques et judiciaires étaient au coeur de la cité et c’est bien cette politique là que nous voulons faire.

Je suis encore heureux ce matin que notre réunion ne soit pas celle des petites phrases, pas celle des rivalités, pas celle des ambitions personnelles, mais bien de la politique avec un grand « P » qui doit nous permettre d’ici à 2012 de nous rassembler jour après jour pour proposer une alternative aux Français. Vous savez la conviction qui est la mienne et que nous partageons. Il y a eu malheureusement beaucoup de promesses et beaucoup de déceptions. Nous devons continuer de croire en la politique et pour cela nous devons mériter la confiance des Français et c’est bien en pensant à un projet, à une réflexion alternative que nous parviendrons à convaincre. Nous avons déjà réussi le 19 juin à constituer le plus grand rassemblement politique en France cette année 2010 et nous avons, vous le savez, engagé un travail pour mettre en place des fédérations partout sur le territoire national forts des 20000 adhérents et sympathisants qui constituent aujourd’hui République solidaire.

Je suis heureux également du travail que vous avez engagé et qu’ont engagé les 17 groupes de réflexion de République solidaire et qui se poursuivent tous les jours sur notre réseau social. Je veux saluer votre détermination, votre courage. S’occuper de l’avenir quand le quotidien n’est pas facile et bien ça n’est pas simple. Imaginer le changement quand tout le monde semble se résigner- à quoi bon – ce n’est pas simple. Entrer en politique quand on voit trop souvent le triste spectacle que donne la politique, et bien il faut de l’imagination. Merci d’être là et merci de montrer le chemin. Mon premier message ce matin ce sera pour vous dire combien République solidaire a besoin de vous, combien la France a besoin de vous et de votre engagement. Cet engagement, celui de toute la jeunesse de France, il est indispensable tant les défis du monde sont grands. Défi de la mondialisation. Il suffit de regarder au delà de nos frontières la Chine qui a représenté cette année la moitié la moitié de la croissance mondiale. Il suffit de regarder la situation dans les pays émergents qui représentent plus de la moitié de la production de richesse. C’est le basculement du monde vers le Sud. Nous savons dans ce contexte qu’il faudra plus d’ Etat pour piloter les économies. Nous savons également qu’il faudra plus de coopération mondiale, plus de gouvernance mondiale pour assurer un développement économique équilibré et nous savons enfin -Michel AGLIETTA l’a rappelé- qu’il nous faudra plus de régulation pour éviter de retomber dans le cycle des crises. Tout cela c’est un travail long, c’est un travail de réflexion et de propositions, c’est le travail d’au moins une décennie. Le deuxième défi, Serge ORRU l’a évoqué, le défi climatique. Nous connaissons ce que coûterait à la planète l’inaction: 5000  milliards de dollars à l’horizon de quelques décennies et ce sans compter les coûts humains catastrophiques pour les citoyens du monde. Copenhague a été pour nous tous un moment de déception. Il faut en tirer les enseignements. Il faut se donner les moyens de mieux s’organiser. Vous avez ce matin réfléchi sur ce que pourrait être une organisation mondiale de l’environnement dans le cadre de l’ONU et bien faisons en sorte que la France puisse prendre le flambeau de l’exemplarité et assurer la responsabilité historique qui est la nôtre. Défi enfin européen. Depuis Maastricht, depuis la monnaie unique, depuis la décision de l’élargissement à 25 et à 27 l’Union européenne est en crise, une triple crise: une crise d’identité car l’Europe ne sait pas aujourd’hui où elle commence et où elle se termine. Une crise de légitimité, car il y a chez beaucoup de citoyens européens un sentiment de défiance, d’abstention voire de rejet de l’Europe et enfin il y a une crise du projet européen car beaucoup de citoyens ne voient pas ce que l’Europe peut leur apporter. Regardons la situation de la PAC. Regardons l’inquiétude de nos paysans. Il y a urgence à rebâtir un véritable projet européen. Nous avons également besoin de votre engagement celui de toute la jeunesse pour faire en sorte que dans un contexte d’immobilisme, d’inquiétude, de scepticisme, nous soyons capables partout en France de valoriser nos atouts. Nous avons des filières industrielles dynamiques même si nous savons que nous avons perdu 500000 emplois industriels au cours des dernières années et pourtant nous disposons de grands groupes technologiques dans des domaines d’excellence comme l’énergie, l’aéronautique, l’environnement. Nous avons des capacités à la fois à travers nos grands champions nationaux mais en même temps des PME d’excellence. Il faut donc se mobiliser si nous ne voulons pas et bien que ce soit ailleurs que se constitue et se crée la richesse. Pensons par exemple que la plus grande usine du groupe Peugeot ne sera plus en France dès 2015 mais à Wuhan en Chine. Le deuxième atout pour la France: notre agriculture. J’ai pu le constater, je peux le constater au Space de Rennes. Nos paysans, nos agriculteurs ont su relever en quelques décennies un défi formidable et pourtant la moitié des exploitations agricoles ont disparu en une génération et pourtant la moitié du revenu agricole a été mangée au cours des deux dernières années; c’est dire que là encore il y a un défi à relever pour que cette excellence puisse véritablement mise au service de notre pays et de l’Europe pour la sécurité alimentaire, pour notre santé et pour le respect de l’environnement. Nous avons enfin d’autres atouts des capacités de recherche, d’innovation qui sont très grandes. Nous perdons certes des places par rapport à la Chine, par rapport à d’autres régions du monde. Quand on voit les grands projets spatiaux qui sont nourris là bas, les super-calculateurs, les avancées biotechnologiques et pourtant nous avons encore de grandes capacités en témooignent nos deux médailles Fields en mathématiques.

Il y a là une capacité française, dont nous devons être conscients et qu’il faut valoriser. Dans tous ces domaines, nous ne pouvons pas accepter d’être condamnés à une croissance de 1% à 1.5%, Michel Aglietta l’a rappelé, ici en France et en Europe. Rien ne se fera, nous le savons, sans des idées neuves, dans des énergies neuves, capables de susciter de nouvelles dynamiques. Engagement encore, votre engagement, celui de la jeunesse, parce que nous voulons incarner un nouvel esprit et un nouveau visage de la France, demain. Quel est-il ? D’abord un visage d’ouverture. Toutes les enquêtes le montrent, parmi les pays développés, aucun pays n’a autant peur de la mondialisation que la France. Nous devons prendre conscience qu’il y a des atouts formidables dans notre pays, nous avons un millions et demi d’expatriés à travers le monde qui se battent pour défendre les intérêts de la France. Faisons en sorte que nous puissions réconcilier la France avec le monde et y prendre toute notre place.

Deuxième visage, deuxième qualité qu’il nous faut incarner : c’est l’enthousiasme. Surmonter la peur de l’avenir qui, souvent, trop souvent, paralyse notre pays et qui fait de la France un pays frileux. Près de 9 Français sur 10 pensent être personnellement exposés au risque de pauvreté au cours de leur vie. C’est 2 à 3 fois plus que dans la plupart des autres pays européens.

L’engagement, ce n’est bien sur pas simplement la politique, c’est également l’engagement au service des autres, dans le cadre des associations. C’est l’ouverture sur la culture, sur la création. C’est aussi, nous l’avons vu avec nos jeunes sportifs de haut niveau, la capacité de se dépasser à travers le sport. Donc cet engagement, nous devons à nouveau en refaire une marque de fabrique française. Enfin, dernier élément dans ce visage qu’il nous faut reconstituer de la France que nous aimons, l’esprit de service. Ici, il ne s’agit pas de satisfaire des ambitions personnelles, mais de mettre nos forces en commun pour un but qui vaille la peine, à l’image d’une équipe solidaire, à l’image d’une France capable de relever les défis quand elle est rassemblée.

Aujourd’hui, beaucoup d’autres partis nous montrent ce vide de leur jeunesse, les mouvements de jeunes y sont des vitrines et, dans certains cas des réserves d’indiens. A nous de montrer que nous sommes représentatifs de la France, de cette diversité française, mais, surtout de cette volonté de travailler ensemble, main dans la main. Je souhaite que, contrairement à moi, vous puissiez connaître jeunes la responsabilité politique. Je souhaite que vous puissiez connaître jeunes, l’élection. N’attendez pas 56 ans, 57 ans. Parce que c’est le premier objectif que je vous donne, que nous puissions vous permettre de réaliser, à travers la politique, ce bonheur, très fort, qui est celui de servir les autres. Donc nous avons pour ambition à République Solidaire de vous donner la chance de participer à des élections, de participer pleinement à la vie de la cité, d’être des citoyens ambitieux et à part entière.

Mon deuxième message, c’est qu’il n’y a pas aujourd’hui dans notre pays de fatalité. Mais ça suppose une exigence, une condition, c’est d’accepter de regarder la réalité de notre pays en face ! Même si cette réalité, nous allons le voir, est une réalité douloureuse. Nous sommes en quelque sorte pris dans un piège. Nous sommes enfermés dans un espace où s’élèvent de trop hauts murs, qui bloquent notre capacité d’initiative, qui bloquent notre capacité d’action, qui bloquent même notre capacité de réflexion et d’action en conscience.

Le premier mur qui s’élève devant nous, c’est celui des élites. Je n’aime pas le poujadisme et je me méfie de l’affrontement sur lequel on revient régulièrement, à travers notre histoire, entre les élites et le peuple, et pourtant il faut prendre en compte cette coupure, cette cassure qui, aujourd’hui s’aggrave à travers le règne de l’argent. Les inégalités de revenus se sont aggravées, 10% des plus riches disposent en France des ¾ des richesses. Les intérêts, également, divergent trop souvent entre ces élites mondialisées, capables de comprendre les codes et les règles, capables de les adoptées, de les apprivoisées pour s’en servir et le reste de la population française qui a du mal à trouver sa place, qui a du mal à comprendre la situation dans laquelle elle est, avec des riches de plus en plus riches et, malheureusement des pauvres de plus en plus pauvres. Il faut donc faire en sorte d’arrêter cette hémorragie, d’arrêter cette incompréhension croissante qui se développe dans notre pays et que nous avons vu grandir du 21 Avril 2002, au référendum de 2005 jusqu’au pitoyable spectacle de l’affaire Bettencourt.

Le deuxième règne qui aggrave cette coupure entre le peuple et les élites, c’est celui des diplômes. Il y a dans notre pays une barrière invisible qui sépare ceux qui ont un diplôme de ceux qui n’en ont pas. Sésame pour les uns, malédiction pour les autres qui leur impose un chômage 2 fois plus élevé. Il faut que nous fassions en sorte que notre pays redevienne un pays de la deuxième chance où tout ne se joue pas à 20 ans, où tout n’est pas figé une fois pour toute et où le mérite républicain est reconnu. On doit pouvoir reprendre sa vie en main à 30 ans, on doit pouvoir changer de direction à 40 ans, on doit pouvoir à 50 ans avoir un horizon, compte tenu de l’évolution de l’âge de la vie.

Au tournant de cette confrontation au mur des élites, nous constatons le règne de la ségrégation qui génère les ghettos dans lesquels on a accepté que s’accumulent les problèmes. Où le taux de chômage est le double d’ailleurs, où 1 jeune sur 2 vit en situation de pauvreté. Nous ne pouvons pas accepter que deux mondes vivent côte à côte, nous ne pouvons pas accepter l’idée que la France se divise en deux France qui ne se comprennent plus, qui gaspillent leur énergie à se jauger et à se défier au risque de la colère ou au risque de la révolte qui, vous le savez s’exprime par bouffées et par intermittence dans notre pays.

Le deuxième mur auquel il faut accepter de se confronter, c’est celui des générations. Nous avons laissé se créer en France une jeunesse précaire. Il y a 30 ans, la pauvreté se concentrait chez les personnes âgées, aujourd’hui c’est chez les plus jeunes que la pauvreté est la plus massive, 17% chez les seuls jeunes autonomes, les jeunes sont trop souvent considérés comme une variable d’ajustement de notre économie avec une précarité de tous les instants face au stage, face à l’intérim et au CDD. Cette jeunesse est également bloquée, pas seulement précaire, nous vivons dans une société qui rêve de jeunesse mais qui fait trop peu de place aux jeunes. Une génération s’est arrogée un monopole sur l’ensemble des décisions politiques, économiques, culturelles. Regardons chez nous, les difficultés pour les jeunes artistes, les jeunes chercheurs, les jeunes entrepreneurs pour trouver une place alors qu’il suffit d’aller pas très loin, au delà de nos frontières , pour constater que ce n’est pas le cas. Il faut faire en sorte que la confiance au sein de notre société permette de développer les atouts de notre jeunesse. Enfin cette jeunesse est trop souvent sacrifiée quand on voit que notre système éducatif laisse sur le bord du chemin 150 000 jeunes chaque année sans diplômes, quand on voit que le chômage des jeunes reste parmi les plus élevés d’Europe depuis des décennies, au dessus de 20%, nous constatons qu’il y a là, non seulement un manque à gagner, mais un manque cruel dans la capacité de notre pays à permettre à chacun de s’épanouir et de trouver sa place.

Le troisième mur, c’est celui, très profond et important, des idéologies. Nous avons d’un coté une droite qui a la tentation de se durcir. Est-ce du calcul électoral, est-ce une réalité sociologique, est-ce l’ivresse d’un instant ? Il n’en reste pas moins que le spectacle qui est donné c’est celui de la surenchère, celui de la rivalité, celui du combat des places. De l’autre coté, il y a une gauche prisonnière de sa propre idéologie et qui fait la course aussi, nécessairement, compte tenu du poids de la gauche de la gauche pour essayer de constituer son unité. Et puis, il y a un centre qui se retrouve dans la situation du ventre mou et, trop souvent, n’est sollicité qu’au titre de force d’appoint. Nous voyons là à quel point, cette politique est incapable, compte tenu des forces en présence d’aller au bout des débats et surtout de se confronter à la réalité quotidienne des Français parce que le jeu de rôle y est tout organisé. C’est un spectacle monté clef en main, qui peut se perpétuer et que seul le peuple peut contribuer à déranger.

Le quatrième mur, c’est celui du pouvoir. En France, on sait conquérir le pouvoir. J’en sais quelque chose, nous avons gagné la bataille de 1995, nous avons gagné la bataille de 2002 et il se trouve que la majorité actuelle a gagné la bataille de 2007. Alors on sait conquérir le pouvoir, les promesses, les discours, une mobilisation massive autour d’une espérance. On sait aussi, reconnaissons-le, on sait conserver le pouvoir. La preuve en sacrifiant les promesses à la volonté de durer, on utilise alors, et on en voit le spectacle aujourd’hui, les moyens de la division, on s’attache la bienveillance de catégories, de communauté a force de subventions et de crédits, mais, est-ce que l’on arrive à exercer le pouvoir ? Ce qui est une tout autre affaire ! Conquérir le pouvoir, oui c’est presque facile, semble-t-il, mais l’exercer ? Ca, c’est bien l’enjeu qui doit celui de la politique au cours des deux prochaines années. Il s’agit de savoir comment on exerce le pouvoir, comment l’on passe des promesses à la réalité, en évitant les lendemains qui déchantent, en évitant les déceptions ?

Ma conviction, c’est que si nous n’arrivons pas à avancer c’est parce que nous refusons collectivement de regarder la réalité en face. Ceci explique le défaitisme, la résignation, le surplace. La politique n’est alors qu’un peu de mousse sur nos journées, une agitation, des faux semblants. Il faut que la politique soit remise au centre. Il faut aussi, retrouver le travail dans la politique, ce que nous faisons ce matin, accepter le débat d’idée, accepter les propositions même si elles peuvent paraître iconoclastes parfois, pour faire bouger les choses, pour faire bouger les frontières. Il ne s’agit pas de prendre la carte d’un mouvement et de s’inscrire de façon résigné dans ce mouvement. Non, vous êtes là, à République Solidaire, pour participer, pour apporter vos projets, pour apporter votre énergie, parfois même votre colère et votre révolte. Il s’agit de faire bouger les lignes.

C’est pour cela que j’ai choisi comme démarche, depuis des mois, d’aller à la rencontre des français, à Bondy, dans le Finistère, à Rennes, à Saumur, demain à Montpellier, parce que c’est dans le regard des Français, c’est en dialoguant avec les Français que nous saurons trouver ce juste équilibre, cette juste mesure qui manque tant à la politique française.

Alors devant vous, je veux dire ma conviction : pour avancer, pour faire sauter les verrous, il faut que nous ayons le courage d’affronter ce qui me paraît être la vraie question de notre pays et c’est la question sociale. Comment répartir plus équitablement les richesses et les revenus ? Comment mieux répartir les revenus entre capital et travail ? Comment donner à chacun sa chance ? Les élites doivent être à l’image du peuple et le mérite républicain doit être dans notre pays la règle.

Comment, enfin, donner, non seulement à chacun sa chance, mais à chacun sa place ? Car nous ne pouvons accepter que la société française devienne une simple société de compétition de tous contre tous. En répondant à la deshumanisation des relations dans le monde du travail face à l’administration et à l’école.

La question sociale a un outil privilégié, Michel AGLIETTA l’a rappelé tout à l’heure, c’est l’outil fiscal et dans la préparation de 2012, la réflexion sur notre système fiscal sera bien sur au centre, parce que c’est la question de la répartition de l’effort entre tous les Français et si l’on veut avancer, il faut que l’effort soit juste. Bien des difficultés d’aujourd’hui viennent, justement, du sentiment des Français d’être sollicités indépendamment  de l’effort fait par chacun, avec le sentiment que c’est toujours les mêmes qui portent le fardeau et que beaucoup ne portent pas ce fardeau, alors même qu’ils ont beaucoup plus de moyens.

La question sociale a, en France, un terrain privilégié qui concentre beaucoup des problèmes de la société française, ce sont les banlieues qui restent les grandes délaissées de la République. Les banlieues, c’est  l’accumulation de toutes les mécaniques d’injustice à travers notre pays. Elles sont le symptôme de notre mal et c’est pour cela que je veux insister sur quelques idées, quelques pistes de travail : Comment avancer autour de projets territoriaux faisant participer l’ensemble des acteurs locaux, les maires, les élus, les associations, les entreprises locales, les habitants? Je pense que la création de conseils de quartier élus au suffrage universel, responsables de la conclusion de ces projets peuvent être une piste de réflexion. L’enjeu, c’est bien, aujourd’hui, de rendre aux habitants de ce quartier le pouvoir sur leur propre vie, avec une démarche de terrain et non une démarche décidée d’en haut. Une démarche de ciblage sur des projets et non une démarche de soupoudrage comme nous le voyons depuis trop d’années. J’ai proposé la création d’une agence du développement économique, c’est la grande absence dans les quartiers que celle de créer des emplois, celle de remettre en marche les énergies qui existent. Tout cela permettrait de fédérer des initiatives locales, de favoriser les partenariats avec les grandes entreprises et de développer l’emploi local. De même, constatant la faiblesse, l’insuffisance, plus que dans d’autres espaces, des services publics, je crois qu’il faudrait proposer une agence de coordination et de suivi des services publics. Bien sur, justice, police, mais aussi transports, services de la Poste, service de France-Télecom. Il y a besoin de se ré-approprier par les services publics la vie dans ces quartiers et y compris en matière culturelle. Là où trop souvent, il n’y a pas les éléments d’une vie collective qui permettraient de lutter contre la violence, de lutter contre l’abandon.

Un effort particulier, à mon sens, doit être fait en matière d’éducation prioritaire, par un constat simple, l’école en dépit de ses efforts ne réduit pas les inégalités et parfois même, elle les aggrave. Le ¼ des élèves qui réussit le mieux aux évaluations de CE1, c’est le même quart que l’on retrouve au BAC et dans les classes préparatoires et ce sont les élèves issus des classes favorisées. Vous voyez bien que c’est toujours la question sociale. On peut montrer du doigt telle communauté, telle ethnie, c’est toujours la question sociale que l’on refuse de voir dans notre pays.

Il me paraît important de reconnaître un droit individuel à l’éducation prioritaire qui serait un droit attaché à chaque élève et qui donnerait accès, en particulier à un accompagnement personnel, à un environnement culturel et linguistique renforcé.

2012 ne doit pas être le temps des bonnes paroles et des promesses, 2012 doit être le temps de l’action et c’est pour cela que mon troisième message est une proposition. Je veux aujourd’hui vous proposer une démarche politique nouvelle. Cette démarche, elle doit, à mon sens, être fondée sur un principe : la responsabilité. Cette responsabilité doit être, bien sur, individuelle avec plus de liberté pour créer, pour entreprendre ; plus de sécurité pour apporter les garanties sociales qui nous permettrons avec confiance d’avancer dans la vie. Mais elle doit être aussi sociale, cette responsabilité, avec la revalorisation de ce qu’on appelle le 1/3 secteur de l’économie sociale et solidaire, d’associations et de coopératives, de mouvements mutualistes dynamiques. Ce sont 40 000 personnes en France. Dix fois moins qu’en Espagne et en Italie. Développons, par exemple, une monnaie solidaire à l’échelle nationale qui pourrait servir à matérialiser les échanges de services ou la fidélité à certains réseaux d’achat. Il y a, là, la possibilité dans les rapports humains d’innover.

Enfin, cette responsabilité doit être politique. Ca suppose un lien directe entre le citoyen et le pouvoir. Je souhaite que l’on ré-actualise, que l’on remette au devant de la scène, les référendums sur les grands sujets d’intérêt national, ce qui s’est passé avec le général de Gaulle, quatre référendums ont eu lieu pendant la présidence du général de Gaulle, c’est-à-dire autant que pendant les cinq présidences suivantes. Il faut, également, à mon sens, davantage mobiliser la jeunesse, que vous représentez ici, ce qui suppose de réfléchir à l’extension du service civique. Un véritable service civique généralisé.

Cette responsabilité sociale, elle doit bien sur ne pas être en l’air, elle doit s’appuyer sur des principes républicains forts, principes républicains que nous partageons, la liberté, l’égalité, la fraternité, la laïcité, mais elle doit reposer aussi sur un équilibre entre les pouvoirs. C’est pourquoi, je souhaite que nous avancions sur notre réflexion sur l’indépendance de la justice, que nous avancions sur notre réflexion sur l’indépendance des media et nous voyons combien c’est d’actualité en France. Je souhaiterais que cette indépendance de la presse, des média, soit garantie par une loi qui interdirait tout contrôle direct ou indirect d’un media par des groupes industriels qui dépendent de la commande publique ou, encore, de la régulation publique. Nous voyons le paysage des media se restreindre pour n’appartenir qu’à quelques mains, c’est un danger pour la liberté d’opinion, pour la démocratie française.

Cette démarche politique, ce n’est pas pour le plaisir d’engager une nouvelle démarche, mais c’est bien par exigence et souci de l’action. Elle doit se construire à travers trois directions :

D’abord un esprit de rassemblement. Cela passe par l’invention d’un espace de rassemblement qui permettra de fédérer les énergies de familles, qui, aujourd’hui, ne trouvent plus leur place dans le paysage politique. Je pense aux gaullistes, je pense aux centristes, aux démocrates sociaux, je pense aux radicaux, je pense aux démocrates chrétiens. Autant de famille qui, aujourd’hui doivent pouvoir se rassembler autour d’un projet, avec pour horizon l’intérêt général. Nous devons dépasser nos différences, être capable d’engager un dialogue très large au-delà de notre propre famille, refusant les divisions et jouant sur le renouvellement des idées et le changement des générations.

Deuxième exigence, et c’est une révolution à faire en France, il faut que nous acceptions une politique de compromis. J’ai dit de compromis, pas de compromission. Le compromis pour agir !

Le compromis permet les réformes, et de ce point de vue, j’ai tiré les leçons de la crise du CPE, où la précipitation, le manque de concertation, a conduit au blocage d’un projet qui me paraissait important pour la jeunesse française, puisqu’elle était susceptible de donner le moyen à tous ceux qui se tenaient en dehors du marché de l’emploi, le moyen de rentrer, enfin, sur ce marché. J’ai, à l’époque, pensé qu’il était important pour un responsable politique de tenir, de s’affirmer comme une sorte de « capitaine courage ». Je vois que les années passent et qu’il y a des gens en politique qui ne tirent toujours pas les leçons des erreurs passées. La tentation peut être grande, aujourd’hui encore, de penser que ne rien lâcher, ne rien céder, c’est défendre la réforme. Je le vois actuellement avec la réforme des retraites. Ma conviction est différente, une bonne réforme, c’est une réforme juste. Il y a l’occasion, justement, avec cette réforme des retraites de réaliser une grande réforme qui s’inscrira dans la durée. Alors que nous savons que le projet d’aujourd’hui, celui qui est débattu encore au Parlement, est un projet qui ne tiendra pas au-delà de 2018, puisque le bouclage de son financement ne va pas au-delà. Faut-il toute cette débauche d’énergie pour un projet qui, finalement, se ramène à un projet comptable, qui n’ouvre pas les voies de l’avenir, c’est-à-dire, un changement de société et une nouvelle politique de l’emploi, pourtant indispensable et qui doivent accompagner ce grand projet ? Et c’est pour cela que j’ai proposé un compromis. J’ai pris acte de ce que la réforme du gouvernement est construite en terme financier sur un premier seuil, le passage de l’âge légal de la retraite de 60 ans à 62 ans. Mais il y a un deuxième seuil, qui est pris en compte par la réforme d’aujourd’hui, c’est le report de la retraite à taux plein de 65 à 67 ans. Or que constate-t-on quand on regarde ce deuxième seuil ? C’est qu’il vise d’abord les plus précaires dans notre société et en particulier les femmes, qui seront amenées, 50 % d’entre elles, à travailler jusqu’à 67 ans. Alors, je pose la question, est-ce qu’on ne peut pas garantir le succès de cette réforme, en créant les conditions d’un consensus en faisant en sorte, qu’au-delà de ce premier seuil, la réforme finance autrement et renonce au 2ème seuil, c’est-à-dire, que les 6 milliards obtenus par le passage de 65 à 67 ans soit obtenu par une meilleure répartition de l’effort, c’est-à-dire en sollicitant les plus aisés.

On voit bien que, là encore c’est l’idéologie qui tient le haut du pavé. C’est la conviction que la majorité actuelle sera plus forte en 2012. Et bien moi, j’exprime un point de vue différent. Je suis convaincu que la majorité actuelle sera considérablement affaiblie parce que cette évidence d’une réforme qui  n’est pas juste apparaîtra aux français, au point que nous serons dans la situation de risque de voir cette réforme complètement détricotée si la gauche parvient au pouvoir parce qu’elle sera, par les urnes, obligée de tenir l’engagement qu’elle prend aujourd’hui de revenir sur l’ensemble de la réforme.

Nous voyons bien à quel point cet exigence de compromis est au cœur de la vie politique. Et le compromis, c’est la vie. Nous faisons tous les jours des compromis dans notre vie personnelle, dans notre vie de famille, pour prendre en compte le sentiment, le regard de l’autre. Je me rappelle, parce que ce fut pour moi une révélation et un moment très fort. La première rencontre, quand j’étais Ministre des Affaires étrangères, j’assistais, lors de ce que l’on appelait les rencontres de Blaesheim, du Président Chirac et du Chancellier Schröder. Dans cette rencontre se posait la question de la répartition de l’effort entre la France et l’Allemagne sur de grands enjeux et notamment sur l’agriculture. Et Jacques Chirac, à un moment donné, a marqué une pause et regardant G Schröder lui a dit : « j’ai fait une erreur lors du traité de Nice, j’ai refusé d’écouter les positions de ton pays, et j’ai eu tort » ! Une bonne politique en Europe, c’est une politique qui commence par un accord entre la France et l’Allemagne où chacun fait la moitié du chemin. Et bien la politique, le courage, c’est de faire chacun la moitié du chemin ! Non pas pour obtenir le plus petit dénominateur commun mais grâce à un effort d’imagination, grâce à du travail, pour obtenir un accord qui a le soutien de tous.

Nous voyons donc que la condition en France du consensus, c’est la capacité à inventer, à élaborer un bon compris. Alors vous me direz : que ne l’avez-vous fait au moment du CPE ? Et bien, il y a eu une fâcheuse conjonction, la rue bien sûr, mais une majorité qui m’a coupé la route du compromis, puisqu’elle s’est retournée contre moi pour des raisons qui lui appartiennent et qu’elle a rendu impossible le compromis que nous recherchions.

Aujourd’hui, ce que je dis est vrai sur la réforme des retraites mais c’est vrai dans beaucoup d’autres domaines. Comment se fait-il que la France qui se déchire sur la sécurité ne parvient pas à définir, alors que tout est sur la table, une politique de sécurité conforme à l’intérêt général ?

On met sur la table les moyens de la prévention, police technique et scientifique, on met sur la table les moyens de la répression, on met sur la table les moyens de la réhabilitation et on se refuse à utiliser les moyens qui marchent, pourquoi ? Ah, parce qu’il y a des moyens de droite, alors la police technique et scientifique, la vidéosurveillance et puis il y a des moyens de gauche, alors ça on ne veut surtout pas y toucher ! Débat absurde ! Dès lors que l’intérêt de nos concitoyens, dès lors que l’intérêt de notre pays, c’est utiliser la main droite et la main gauche ! Pour plus de sécurité des français, faisons en sorte de ne pas nous priver de ce qui marche ! C’est tout le débat autour de la police de proximité, j’avais demandé à l’époque, quand il était Ministre de l’Intérieur de mon gouvernement, à N Sarkozy de mettre en œuvre, en tirant bien sur les leçons de ce qui n’avait pas marcher avec la gauche : une police qui n’était pas là aux bonnes heures et  pas au bon endroit, mais il est évident que nous avons besoin du présence quotidienne, que nous avons besoin d’accompagnement dans des quartiers particulièrement difficiles, ce qui permet de faire le relais avec d’autres polices, d’autres moyens et de réduire de ce fait, les risques dans notre pays, là où nous voyons les violences aux personnes augmenter. Alors on peut préférer gesticuler, on peut préférer faire des déclarations, on peut préférer courtiser les extrêmes, la sécurité ça implique de se donner tous les moyens en regardant la réalité en face.

Je prendrai un dernier exemple, la lutte contre les déficits publics. Nous voyons bien qu’il y a une opposition très artificielle que l’on peut faire entre la lutte contre les déficits et la croissance et on prend même le risque, aujourd’hui, par la politique qui est menée, alors que nous avons encore une croissance très faible et que 2011 s’annonce moins bien que le pronostic 2010, nous voyons bien qu’il y a le risque d’étouffer la croissance. Et bien la question du compromis se pose, aussi, dans la lutte contre les déficits. Faut-il chercher, à tous prix, en 2 à 3 ans, comme le gouvernement l’affiche aujourd’hui en parlant d’un retour à l’équilibre en 2013, faut-il tout sacrifier à cet objectif ? Ou ne faut-il pas essayer de conjuguer la double exigence de croissance et de lutte contre les déficits, sur un chemin plus long, mais aussi plus réaliste ? Parce que personne ne peut croire qu’en 2013 nous reviendrons à l’équilibre, personne ! C’est totalement utopique. Heureusement que c’est un an après les élections parce que s’il devait être comptable de ces objectifs avant les élections…Il est totalement irréalisable ! Nous savons qu’il faut 10 à 12 ans, tout simplement parce que le maximum que nous ayons réussi à faire en matière de lutte contre les déficits, c’est 0.7 par an ! Nous les avons fait quand j’étais Premier Ministre de 2005 à 2007 sur 2 ans. On peut essayer de maintenir cet effort sur 10 ou 12 ans. Ce n’est pas facile, il y a une condition, c’est d’être capable parallèlement de développer la croissance. Ca veut dire défendre nos capacités, les pôles de compétitivité, défendre l’innovation mais ça veut dire, aussi, se concerter avec nos plus grands partenaires, et à commencer par l’Allemagne, pour définir ce chemin de longue durée pour une exigence et une concertation maintenues sur ces deux objectifs. On voit là aussi que la notion de compromis est nécessaire. Alors, pourquoi le compromis est-il si peu accepté dans notre pays ? Et bien l’idéologie l’explique et puis c’est vrai que pour des responsables politiques le compromis, ça apparait toujours un peu comme pour un méchant petit garçon, comme baisser son pantalon et pourtant..en politique, il faut être capable de faire aussi humilité pour faire avancer la France.

La troisième exigence, après le rassemblement, après le compromis pour définir une nouvelle démarche politique, c’est l’impératif d’un gouvernement d’union. On a expérimenté les délices d’un gouvernement d’ouverture…Je ne sais pas si vous avez observé un enrichissement de nos politiques à travers cette ouverture, mais, pour ma part, je ne l’ai pas vu. Je constate que, dans certains cas, notre système majoritaire peut être un piège. Ce système majoritaire, il a un avantage, une vocation, et c’est pour ça qu’il a été créé, c’est permettre une majorité forte qui a carte blanche pour gouverner. Dans certaines situations, ça peut être avantageux. Quand le général de Gaulle est au pouvoir, oui , on fait merveille, il y a de grandes réformes, comme l’a montré le général à partir de 1958. Mais quand le général n’est pas là, le système majoritaire c’est, alors, avancer à toute allure dans une seule direction avec la garantie…d’une absence totale de résultat ! C’est-à-dire que l’on s’entête !

On s’entête toujours moins quand on est plusieurs et Jacques Chirac, qui faisait souvent référence à l’esprit radical et au petit père Queuille, avait coutume de dire qu’il y a plus d’idées dans deux têtes que dans une ! Ce n’est pas faux ! Réfléchissons, donc, à la façon dans notre pays de ne pas faire reposer tout notre système, puisque le système majoritaire aujourd’hui c’est le seul président de la République, il est tout seul, à la fois, président, Premier ministre, ministre, Parlement, UMP…Ca fait beaucoup de fonctions et la tâche, quoiqu’on veuille, est difficile pour un seul homme !

Donc faisons en sorte que notre système politique ne repose pas sur un homme, seul. D’autant que nous le savons, la majorité de l’élection n’est pas toujours au rendez-vous de l’action ! Et une démocratie ne peut pas vivre sans légitimité. Or, l’union peut garantir le rassemblement qui permet l’action et l’efficacité dans la durée. Donc réfléchissons à ce que pourraient être des mécanismes correcteurs de la trop faible représentativité de notre système politique actuel.

On peut comprendre la stratégie qui est menée aujourd’hui si l’on estime que le seul objectif, c’est d’obtenir à travers un noyau dur de partisan, un score de premier tour qui garantisse la place mais, il y a très peu à parier que le rendez-vous du 2ème tour puisse être gagnant dans ces conditions, parce que ce score de premier tour ne peut se faire qu’avec des dégâts tels, que compte tenu des divisions que connaît aujourd’hui notre pays, ce serait un autre « aventure » que ce 2ème tour !

Donc là aussi, il nous faut travailler pour faire des propositions nous sortant de l’impasse dans laquelle nous sommes. La politique, c’est la lucidité, nous voyons que notre système politique est bloqué. Nous n’en sortirons pas par l’anathème, la critique systématique, nous en sortirons par la proposition, par la générosité, par le rassemblement, non pas des ambitions mais des idées, au service des français.

Le dernier message que je voudrais vous adresser, c’est celui de l’exemple que vous donnez ce matin, c’est celui du travail. Il faut que nous nous posions les bonnes questions, c’est-à-dire, les questions que se posent les français.

Première question sur l’emploi, vous en avez débattu. Comment concilier l’injustice sociale et l’efficacité économique au service de l’emploi ? De nombreuses pistes ont été évoquées par vous ce matin. L’idée stimulante d’un tutorat entre les aînés et les plus jeunes, au sein des entreprises, au service de l’emploi des jeunes comme des senior pour renforcer les solidarités entre les générations, au cœur de notre pacte social. C’est une piste. Nous ne pouvons de même accepter que notre école s’accompagne de trop de peurs, de trop de désarrois, que 150 000 élèves soient mis à la porte de notre système éducatif sans diplômes. Pourquoi ne pas proposer, par exemple, d’allonger l’âge de formation obligatoire jusqu’à 18 ans ? Je sais que ce n’est pas un remède miracle, c’est un aiguillon.

On doit prendre en compte la possibilité d’apprentissage, de travail en alternance. Le passage de 14 à 16 ans, par la volonté du général De Gaulle en 59, a été le levier de la démocratisation scolaire. Ceui de 16 à 18 ans, peut être le levier de la démocratisation du travail qualifié si l’on sait revoir le cursus scolaire de façon plus adéquate, plus appliquée et avec le souci d’une formation professionnalisante.

De même, nous ne pouvons pas accepter le scandale du chômage des jeunes et, j’ai proposé un plan pour les jeunes en entreprises et, notamment dans les grandes entreprises, de façon à ce que une partie de cet emploi soit confiée à des jeunes, qu’un pourcentage, dans les entreprises de plus de 500 salariés soit confié à des jeunes soit en formation d’apprentissage soit en emploi public ( ?).

La deuxième grande question, c’est sur la protection sociale. Comment concilier la sécurité et plus de souplesse pour améliorer notre modèle social. Il faut défendre notre modèle social mais nous savons tous à quel point il pèse sur le travail et donc sur la compétitivité de nos entreprises. Je suis favorable à un transfert d’une part des cotisations sociales vers des sources de financement pérennes, qu’il s’agisse de la CSG ou de la TVA, de façon également à combler les trous de nos comptes sociaux, qui s’élèvent à 30 milliards d’euros. Il ne faudrait pas que ce soit le prétexte d’un transfert vers les assurances privées. C’est le risque aujourd’hui, nous le voyons, aussi, pour les retraites et pour d’autres risques, en particulier la dépendance.

Il faut avancer vers de nouvelles sécurités, vers une sécurisation des parcours professionnels . Les contrats de transition professionnels, qui ont été créés par mon gouvernement, qui assurent les moyens de reconversion et un accompagnement sur et à long terme des chômeurs. C’est une première étape, il faut coupler cela avec la réforme de la formation professionnelle où il y a encore trop de gaspillages et qui reste une faiblesse de notre système social.

Enfin la sécurité du logement. Avec J Chirac, nous avons créé un droit opposable au logement, je suis favorable à une limitation des prix de location par m2, pour éviter l’inflation scandaleuse des loyers de petits logements que connaissent toutes les grandes villes universitaires. Il faut pouvoir garantir ce logement étudiant à ceux qui en ont besoin !

Troisième question économique, comment concilier la croissance et l’environnement . Vous avez évoqué la possibilité de fonds d’investissement solidaire pour le développement durable. Nous devons en effet mettre au cœur de notre démarche une volonté didactique pour convaincre le consommateur de l’importance des circuits courts de distribution. Nous pouvons soutenir les filières vertes les plus compétitives et les plus innovantes, en particulier dans le domaine des bio-énergies ou des bio-technologies en assurant un investissement conséquent et durable en cohérence avec le pilotage régional. Nous pouvons avancer sur une modulation des impôts sur les sociétés en fonction de l’impact social, environnemental, éthique de l’activité des entreprises.

Quatrième et dernier question, comment concilier l’excellence technologique et la fidélité à notre héritage, dans le cadre d’une nouvelle société de la connaissance ? Pourquoi ne pas défendre, par exemple, un grand projet technologique, un grand projet spatial européen qui pourrait mobiliser l’ensemble de nos énergies, bénéficier et faire bénéficier nos pays de retomber économiques importantes ? A la grande époque de la conquête spatiale américaine, 1 dollar investi dans le domaine spatial produisait 10 dollars de retombée économique. C’est dire qu’il y a là un effet de levier considérable. De la même façon, ne nous arrêtons pas en cours de route en ce qui concerne la réformes universitaires qui doit être complétée. Il faut corriger ce qui a été fait au début des années 2000 et la réforme de l’autonomie en 2007, il faut à mon sens un rapprochement et une convergences des classes préparatoires et des premiers cycles pour dynamiser l’ensemble de notre enseignement. C’est la meilleure façon, pour chacun, d’élever l’ensemble du système.

Enfin, un développement massif des ressources d’internet est indispensable. Nous avons les offres internet au débit les moins coûteuses du monde, c’est un avantage pour l’accès de ces ressources à tous. Désormais internet peut être considéré comme un véritable bien public au même titre que l’eau, l’énergie. Il faut créer un tarif social de l’accès à internet pour que les fournisseurs d’accès puissent remplir leur mission de service public.

Bien sûr, il ne s’agit pas de transformer notre économie en une seule économie de laboratoire, sachons aussi faire en sorte que là où nous sommes capables d’excellence, nous soyons garantis de le rester. Je pense au secteur agro-alimentaire, au tourisme, à l’industrie du luxe. Il y a là la nécessité d’un constant renouvellement pour prendre notre place dans un monde où la compétition est forte et évolutive.

En conclusion, je ne voudrais pas donner le sentiment, qui est trop souvent celui qu’on a en France en écoutant les débats que la France est une île. Nous avons le devoir de regarder au-delà de nos frontières, parce que nous sommes dans un monde qui change avec une vitesse extraordinaire. Cela passe bien sur par une ambition pour l’Europe et donc, le rétablissement d’un véritable couple franco-allemand qui souffre aujourd’hui. Nous avons besoin d’être capable dans notre concertation, à la fois sur les grandes questions industrielles mais aussi sur la recherche d’une harmonisation sociale et fiscale. Nous avons besoin de recréer une dynamique qui puisse entraîner l’Europe, alors que trop souvent, elle donne le sentiment d’être dans l’ornière.

Il y a aussi la nécessité de défendre nos intérêts dans le monde alors que trop souvent nous y brillons par l’écume des choses et par des faits divers..Il est important face aux menaces qui continuent d’exister dans notre monde et, parfois, s’aggravent, on le voit avec le terrorisme, de maintenir cette présence, cette capacité de la France à peser sur les grands dossiers, à rester en initiative. La voix de la France ne s’entend pas suffisamment  sur ces grandes crises, alors que nous sommes parfois très présents. Nous voyons le prix que nous payons en Afghanistan, et pourtant la voix de la France ne s’entend pas, la stratégie française ne se dessine pas. Je dirais la même chose pour le Proche Orient , l’Iran, l’Irak, ou le destin de l’Afrique alors même que nous avons un rôle privilégié, une concertation très forte à établir et alors que nos intérêts sont souvent extrêmement proches.

Retrouvons notre vocation, la vocation d’un pays qui a un idéal à défendre, une vision du monde, qui veut contribuer à un nouvel équilibre et à une nouvelle gouvernance mondiale.

Il y a, là, un enjeu pour tous les français. Ne laissons pas s’établir cette coupure, cette fracture entre les français capables de comprendre et de réussir dans le monde et les autres, peureux, frileux, recroquevillés parce que se sentant menacés par l’évolution du monde. C’est l’ensemble de notre pays qui doit se situer dans le monde avec la conviction que notre rôle à jouer est important et que c’est notre destin même qui s’y joue.

Merci.

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