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Discours de Dominique de Villepin au Press Club de France


Lors d’une conférence le 25 mars 2010 au Press Club de France, Dominique de Villepin annonce la création d’un parti politique « libre et indépendant » à l’occasion d’un rassemblement fondateur le 19 juin prochain à Paris.

Intégralité du discours de Dominique de Villepin.

Discours de Dominique de Villepin à l’occasion de la conférence de presse du 25 mars 2010 au Press Club de France

« J’ai entendu le message des Français : un message de défiance, quand on voit que 50% des Français ont décidé de ne pas aller voter, un message également d’exaspération, quand on voit le score qui est fait par le Front national, un message enfin de sanction, quand on voit que le premier parti, le parti majoritaire, l’UMP, arrive en second des formations politiques françaises.

Pour moi, c’est l’échec d’une stratégie, et c’est l’échec d’une politique. C’est l’échec d’une stratégie parce que d’aucuns ont espéré au cours des dernières années une politique vigoureuse qui permettrait de faire reculer le Front national ; or nous avons vu que tel n’était pas le cas. C’est l’échec d’une stratégie parce que le choix d’un parti unique, monolithique, au sein de la majorité, n’a pas permis de rassembler les électeurs.

Des inspirations aussi diverses que la tradition démocrate-chrétienne, la tradition gaulliste, à laquelle j’appartiens, n’ont pas eu l’occasion d’exprimer la tradition qui est la leur, les convictions qui sont les leurs, les visions de l’avenir qui sont les leurs. On voit bien aujourd’hui que c’est un rétrécissement des soutiens du parti majoritaire auquel nous avons assisté. C’est également l’échec d’une politique, j’ai dit et redit, tout au long des dernières années, les risques qui étaient encourus par une politique de dispersion de réformes tous azimuts, incapable de choisir ses cibles, et qui au bout du compte était peu lisible, n’emportait pas l’adhésion des Français et n’avait pas l’efficacité escomptée. Cette politique : il faut que nous en tirions les leçons.

Ma conviction, celle que je veux exprimer ce matin, c’est que nous ne pouvons pas désormais différer la réponse.  Pourquoi ?

Eh bien il faut revenir à ce qui est la réalité de notre pays, la réalité des Français. Les Français souffrent. Le rapport de Jean-Paul Delevoye, le Médiateur de la République, est de ce point de vue là sans appel. Point n’est besoin de se cacher derrière de complexes statistiques : 15 millions de nos compatriotes ont des fins de mois difficiles, douloureuses, à quelques dizaines d’euros près. Je ne parle même pas des laissés-pour-compte, des exclus de la République, je parle d’une partie considérable de Français. Et cette situation de souffrance, j’ai le sentiment qu’elle est aujourd’hui partagée par tous les Français : ceux qui ont, ceux qui ont beaucoup, et ceux qui n’ont pas, partagent aujourd’hui le sentiment que les choses ne sont pas tenables. On peut, bien sûr, avoir le sentiment légitime d’avoir un emploi et un bon emploi, des revenus et des bons revenus, on ne peut pas comme citoyens français accepter de vivre dans un pays où des situations d’inégalité et d’injustice atteignent un tel niveau.

C’est pour cela que je vous le dis sans fard : je suis mal à l’aise dans la politique qui est menée aujourd’hui par la majorité, mal à l’aise sur le plan intérieur, sur le plan économique, sur le plan social, sur le plan culturel, mal à l’aise sur le plan de la politique étrangère – et nous aurons peut-être l’occasion de revenir sur ces questions.

Cette souffrance est aggravée par le sentiment de n’être ni compris, ni entendu. Et je ne pense pas que les quelques éléments de réponse qui ont pu être apportés depuis les élections régionales puissent être la réponse qu’attendent les Français. Ce ne sont pas les conciliabules dans les palais nationaux, au Parlement, ce ne sont pas les aménagements techniques, ce ne sont pas les changements de personnes qui sont attendus. Aujourd’hui, la vraie question, c’est : la politique qui est menée par le pouvoir en place est-elle la bonne ?

Cette souffrance et cette incompréhension doivent être appréciées à l’aune d’une donnée historique. Nous devons là aussi regarder la réalité en face et dire la vérité aux Français. Nous ne sommes pas dans une situation difficile qui a vocation à devenir du jour au lendemain moins difficile par un coup de baguette magique. C’est faux. Nous sommes confrontés à une crise de longue durée, avec des conséquences économiques, sociales, culturelles, pour notre pays, de très grande ampleur. Au-delà de la crise économique et financière, il y a un basculement du monde qui modifie les rapports de force et de puissance et qui nous affecte très directement.

C’est pourquoi je veux vous dire ce matin que la réponse que j’entends défendre, c’est un changement de politique. Seul un changement de politique permettra de placer la France et les Français dans la position d’un redressement indispensable.
Changer de politique, pour quoi faire ?

J’ai utilisé au cours des dernières années et des derniers mois des formules qui sont aujourd’hui reprises par les uns et les autres : revenir aux fondamentaux. Entendons-nous sur les mots – les mots ne sont pas des simples cautères sur une jambe de bois, les mots doivent être vivants. Revenir aux sources, revenir aux fondements.

Mais quels fondements, et quelles sources ? S’il s’agit de revenir aux fondamentaux de 2007, d’une politique qui gagne, d’une politique de rupture, je crois que nous faisons fausse route. Il faut revenir aux fondements de la France. Et les fondements de la France, c’est la République, c’est la Nation, c’est l’Etat. Et le contre-sens qui a été commis en 2007, à travers la politique de rupture, c’est de penser qu’on pouvait rompre avec la France. Même si on voulait imaginer que c’était rompre avec la politique d’avant, les politiques d’avant, on ne peut pas rompre avec la France.

Or la France c’est quoi ? C’est un pacte social et républicain qui a été solennellement signé au lendemain de la Guerre, inscrit dans le préambule de la Constitution : une République démocratique et sociale. Et c’est pour cela que le mot d’ordre de mon combat, c’est une république solidaire. Nous ne pouvons pas tourner le dos à ce pacte français.

La République, on la voit sur mille sujets du quotidien :

Le débat sur la laïcité, est-ce qu’il faut aujourd’hui, dans le contexte français d’aujourd’hui aller se quereller sur une loi sur la burqa ? Est-ce que nous n’avons pas dans nos outils législatifs, réglementaires, les moyens d’apporter une juste réponse, mesurée, sans rechercher de bouc-émissaires, sans diviser les Français, sans montrer du doigt telle ou telle communauté ?

La République, c’est aussi la liberté : inscrivons cette liberté dans notre vie quotidienne ! 800.000 gardes à vue, est-ce que c’est digne d’un pays démocratique ? Combien de ces gardes à vue sont justifiées quand on sait que l’Allemagne recourt à la garde à vue dans dix fois moins de cas que nous ?

Là encore, Liberté, Egalité, est-ce que sérieusement nous pouvons maintenir cette idée qu’il y a en France une France qui serait issue de l’immigration et qui pourrait être stigmatisée culturellement, ethniquement, religieusement ? Est-ce qu’on peut ignorer que derrière cette réalité là, il y a la question sociale de ceux à qui on donne moins de chance pour réussir dans la vie, de ceux pour lesquels on fait moins ? Cette question sociale, cette question populaire, puisque c’est dans ces milieux que l’on retrouve ceux qui font face au plus grand nombre de difficultés, nous ne pouvons pas les ignorer et continuer à parler en termes abstraits, clivants, politisés. Il y a des réalités qu’il faut assumer en face.

La République, mais aussi la Nation. Le débat sur l’identité nationale a montré qu’on pouvait jouer avec tout. On ne joue pas avec la nation ! La nation, c’est notre bien commun. La nation, ce n’est pas par ici les uns, par ici les autres. Toute notre histoire, toute notre expérience, c’est justement de faire une place à chacun, de tendre la main à chacun, et nous sommes fiers, nous nous enorgueillissons de relever ce défi. La nation, elle aurait sans doute préféré qu’on lance un grand débat sur le service civique, elle aurait préféré qu’on se pose la question : comment pourrait-on appliquer au quotidien les valeurs qui sont les nôtres et qui sont inscrites aux frontons des palais nationaux ? La nation doit être traduite dans le langage du quotidien, dans la vérité du quotidien, dans le réel, et pas dans des discours politiciens qui divisent.

L’Etat. Comment réformer la France ? Comment donner une traduction concrète et efficace à une politique de réforme quand on pointe du doigt ceux qui ont choisi de la servir ? J’adore l’arithmétique : un fonctionnaire sur deux, c’est formidable, mais ce n’est pas efficace. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Philippe Seguin et c’est la Cour des Comptes. Alors en politique c’est peut-être moins payant de faire dans la nuance, mais il faut être capable de faire des analyses nuancées. Oui, nous devons être soucieux de la meilleure organisation de la fonction publique. Et en même temps, nous devons être responsables. Est-ce que les Français veulent moins d’infirmières ? Est-ce que les Français veulent moins d’enseignants ? Est-ce que les Français veulent moins de policiers ? Quand on écoute les discours officiels, on voit bien que sur tous ces sujets, il y a la volonté d’apporter des réponses. Alors soyons cohérents. Il faut faire des efforts mais il faut faire des choix. Et je l’avais dit en son temps, la politique du rabot n’est jamais en ce qui concerne l’Etat une bonne politique.

Vous le voyez, je n’ai pas de solution miracle. Mais je crois en la France. La République, celle que nous ont léguée nos parents, la Nation, celle qui a fait ce que nous sommes, l’Etat, qui a précédé en France la nation, et bien, je souhaite pouvoir les transmettre tels qu’en eux-mêmes à mes enfants, et je crains que si nous continuons dans la voie qui a été choisie, cela ne puisse pas être le cas. Pour pouvoir le faire, nous avons besoin de revenir à un équilibre institutionnel et à un pluralisme des pouvoirs.

Le retour à un équilibre institutionnel, c’est quoi ? C’est tout simplement que le Président fasse son travail, que le Premier ministre et le gouvernement fassent le leur, et que le Parlement, qui a pour tâche de voter la loi, puisse mettre un peu d’ordre dans ce qui est aujourd’hui devenu un domaine totalement anarchique, voter la loi et contrôler l’exécutif. Là encore, ce n’est pas très compliqué, encore faut-il le vouloir…

Il y a là, une première exigence, c’est que tous les pouvoirs puissent assumer leurs responsabilités, ça veut dire l’indépendance de la justice. Une réforme de la procédure pénale a été engagée. Ayons le courage de traiter les vrais problèmes. Il faut rompre les liens entre le Parquet et le pouvoir politique, pour deux raisons : une raison de principe, nous sommes tous attachés à l’idée d’une justice indépendante, et une question de démocratie, nous sommes tous en Europe, et nous sommes à la traîne de l’Europe, puisque nous ne respectons pas les critères démocratiques européens – il faut savoir, de temps en temps, faire son examen de conscience – et l’Europe nous demande de rompre ce lien avec le Parquet pour que ceux qui sont membres du Parquet puisse devenir véritablement des magistrats, ce qu’ils ne sont pas aujourd’hui.

Toujours dans le sens de la réforme de la justice – puisque nous y sommes, ne nous arrêtons pas en chemin -, défendre l’idée d’un accès pour tous à la justice, croyez-moi, c’est un vrai sujet. J’étais il ya quelques jours dans la banlieue parisienne, à la rencontre d’une association de femmes victimes du harcèlement moral. L’une d’entre elles m’a expliqué que depuis dix ans, elle vivait le cauchemar de procédures initiées par son mari, qu’elle souhaitait tous les jours tout arrêter et qu’elle ne pouvait pas, et que par ailleurs, tout cela lui coûtait la bagatelle de 50.000 euros. Voilà de vrais sujets, de vrais problèmes à traiter par la Chancellerie : c’est cela le devoir démocratique de cette Institution.

Il y a une deuxième exigence – et vous m’excuserez, elle vous concerne directement -, c’est la liberté des médias. C’est un sujet qui a déjà fleuri, que j’ai souvent abordé, mais je pense qu’il faut la garantir. Il faut la garantir dans un monde où les pressions, d’où qu’elles viennent – politique ou de l’argent –, flétrissent la capacité des médias et des journalistes ou compliquent cette capacité à faire son travail au quotidien. Cette indépendance et cette liberté des médias, elle est devenue aujourd’hui  d’autant plus une tarte à la crème qu’on est dans la situation où la chaîne publique, France télévisions, voit nommer son président par le Président de la République… ce qui très honnêtement se passe de dessin, mais ce qui est un véritable scandale, et pour l’exécutif, et pour France télévisions. Je crois que quand on a choisi un métier, qui implique dans son cœur l’indépendance et la liberté, on ne peut qu’être choqués d’une telle situation.

Nous voyons donc une première exigence : revenir aux sources de notre tradition républicaine, une tradition démocratique, sociale, qu’il nous faut défendre.

Il y a une deuxième exigence : c’est de construire la société française autour d’exigences fortes. Et il y en a deux qui me paraissent par trop négligées. Dans la crise, mais d’une manière générale, on ne peut pas tourner le dos à la justice sociale. Et la justice sociale ce n’est pas uniquement un propos d’estrade. C’est une exigence très concrète, d’application, de procédure.

Pour moi, la justice sociale, c’est d’abord la justice fiscale. Je reviens à l’intérêt politique d’une prise de position très clivante sur ce sujet du pouvoir en place : ‘nous n’augmenterons pas les impôts’. C’est sympathique, mais nous ne nous en sortirons pas ! La question, ce n’est pas ‘nous n’augmenterons pas les impôts’, c’est comment augmenter les impôts de façon juste, comment répartir l’effort de façon juste. Ne pas prendre cette décision, c’est prendre le risque d’une rupture du pacte républicain. Le message des électeurs, qui est à la fois, si l’on prend le cœur de ce message, un message d’indifférence et un message de colère, montre bien que nous ne pouvons pas jouer avec la justice sociale. Et c’est pour cela que j’ai proposé, depuis plusieurs années, depuis de longs mois, que la justice sociale soit l’acte fondateur de ce quinquennat. Je n’ai pas obtenu gain de cause, trois ans plus tard, je le redis : il faut suspendre le bouclier fiscal, il faut par ailleurs augmenter la plus haute tranche de l’impôt sur le revenu à 45% et il faut créer une surcote de l’impôt sur les très grandes entreprises de 10 à 15%.. Tout cela le temps de permettre aux Français de traverser une crise qui les éprouvent les uns et les autres.

Justice fiscale, mais aussi justice salariale. On a beaucoup joué avec l’attente des Français dans ce domaine. On a beaucoup détourné l’attention sur des questions importantes, certes, mais qui ne sont pas l’essentiel… nous ne sommes pas pour beaucoup d’entre nous concernés par le problème des bonus. On est soucieux de justice, donc on s’y intéresse, mais les bonus des traders, ce n’est pas la vie quotidienne des Français. Par contre, la justice salariale, ça nous concerne tous. Et je propose que l’on crée une charte des salaires en France pour réduire l’écart entre les revenus. Alors… c’est difficile… cela peut paraître abstrait, mais si on prend les 10% des Français qui gagnent le plus et les 10% des Français qui gagnent le moins, on se rend compte aujourd’hui que l’écart est considérable. Dans les années 70-80, cet écart était de 1 à 20. Aujourd’hui, l’écart, il est de 1 à 230 ! Est-ce qu’on est une démocratie, est-ce qu’on est une république, quand l’écart est si violent ? On peut discuter sur les chiffres, il n’en reste pas moins, l’écart insupportable. Donc, réduire cet écart en faisant en sorte que le retour à une moyenne raisonnable permette d’augmenter et d’améliorer la situation de ceux qui souffrent le plus.

Justice sociale, mais aussi participation. Et comme gaulliste, vous ne vous étonnerez pas que je sois soucieux de défendre cette idée, qu’il faut constamment réactiver, renouveler, faire revivre, mais qui est essentielle. Et dans toutes les politiques qui ont été mises en place, j’ai pu observer moi-même à quel point nous butions sur notre capacité à associer plus largement ceux-là même que nous souhaitions aider, servir. Je prends l’exemple des banlieues. Il y a dans la politique actuelle des angles morts, des zones d’ombre, des sujets ô combien douloureux qui sont, pour ainsi dire, passés à la trappe. Est-ce par désespérance ? par incapacité de renouveler l’approche ? La participation doit nous permettre de traiter cette question nouvelle. Tous les plans banlieue ont accordé la priorité à des plans établis en haut, et déversant des dizaines et des dizaines de millions pour constater quelques années plus tard que les résultats espérés n’avaient pas été obtenus. Il faut désormais mettre en place des stratégies avec les populations même, avec ceux-là même que nous souhaitons servir, en nous appuyant sur ceux qui sont capables de relayer, d’organiser cette aide, c’est-à-dire les élus et les associations. Donner les moyens aux élus et aux associations de revitaliser la politique dans les banlieues, à partir de projets concrets, c’est la seule réponse possible face aux difficultés que nous connaissons.

La participation, on voit bien qu’elle pourrait être la réponse aussi, bien davantage, à l’école, dans la politique de sécurité. A l’école, comment faire une politique au service des enfants sans associer davantage les familles, les parents ? Comment faire une politique qui puisse véritablement donner les moyens et récompenser ceux qui choisissent de prendre des risques en servant par exemple dans les quartiers ? Il serait important de pouvoir réfléchir à un corps d’enseignant qui bénéficierait d’une très forte rémunération, supérieure, dès lors qu’ils accepteraient, étant expérimentés, de servir durablement dans les quartiers.
Donc, il nous faut un changement de politique. Mais, un changement de politique, cela suppose aussi que nous ayons une vision partagée de l’avenir. Or, dans notre débat démocratique, nous le voyons bien, nous manquons de lisibilité, de sens, de signification en e qui concerne notre combat pour l’avenir. Il s’agit de savoir quelle France, quel modèle nous voulons défendre. Or aujourd’hui, il faut réaffirmer l’exigence qui est la nôtre. Une France de liberté, une France d’ouverture : tout cela doit être fortement défendu. Mais une France aussi qui assume sa différence et son originalité. Oui, nous voulons une France originale. Nous voulons pouvoir à la fois défendre un pouvoir d’achat et une qualité de vie. Inutile de dire que dans le monde d’aujourd’hui, dans la mondialisation d’aujourd’hui, ce sont des choses qui sont menacées. Et si nous ne nous donnons pas les moyens nécessaires pour défendre cela, et bien nous verrons les droits, les acquis régresser, insidieusement, sans le dire, tout simplement parce que nous n’aurons pas choisi de nous donner les moyens pour défendre ce modèle là.

Il y a dans ce contexte, pour moi, trois priorités, et cette politique de réformes éparpillées ayant montré ses limites, ayant montré qu’elle était non seulement parfois incapable d’apporter des résultats mais qu’elle jouait parfois à contre-sens. Quel sens du travail le dimanche dans le contexte de crise actuelle ? Quel est le sens de l’exonération des heures supplémentaires dans le contexte actuel ? C’est une politique à contretemps, et il faut avoir le courage quand on fait une politique à contretemps de revenir dessus. Il faut donc, à mon sens, bien établir les trois priorités des deux années à venir.

La première priorité, c’est l’emploi. Mais pour mettre en œuvre une politique de l’emploi, il faut être capable d’apporter des garanties aux Français pour qu’ils acceptent de s’engager. J’ai moi-même de ce point de vue un mea culpa à faire. Car c’est vrai que j’ai longtemps pensé que l’exigence d’adaptation, de réalisme, de lucidité impliquait qu’on cherche par tous les moyens les souplesses nécessaires permettant de créer de l’emploi. Et c’est vrai, on l’a vu avec la suppression du CNE, que nous nous sommes privés d’un outil essentiel de la politique de l’emploi qui est d’assouplir les conditions d’entrée et de sortie du marché du travail ; entre l’exonération de charges et cette politique contractuelle, ce sont les deux éléments qui permettent de bâtir une politique de l’emploi. Aujourd’hui, si nous voulons que les Français acceptent de prendre des risques, nous avons le devoir de garantir les droits sociaux, une protection sociale et de garantir une sécurité professionnelle. Mais cela doit être fait méthodiquement, avec les partenaires sociaux, de façon à ce que chacun ait le sentiment de pouvoir avancer et de faire face aux risques de la vie. La mobilisation d’une vraie politique de formation, j’ai lancé les contrats de transition professionnelle, autant d’éléments qui permettent de mettre de l’huile et d’offrir une perspective à chacun, mais il faut sans doute aujourd’hui aller beaucoup plus loin dans ce sens.

L’emploi mais aussi l’innovation. Le modèle économique qu’il nous faut bâtir, ce n’est pas tous azimuts de colmater les brèches. J’arrive de Chine : le combat est trop fort, trop dur. Il faut concentrer nos moyens sur des secteurs d’avenir, sur des secteurs où nous serons capables de créer des emplois, capables de tenir l’excellence. Et cela implique de ne pas mettre la charrue avant les bœufs. Cela implique là encore de faire des choix et de dessiner un modèle économique à partir d’une politique de formation, d’éducation. Nous avons des outils, mais encore faut-il que ces outils soient connectés et travaillent ensemble, entre les pôles de compétitivité que j’ai mis en œuvre, entre l’Agence de l’innovation industrielle qui a été supprimée, le Fonds d’investissement stratégique – qui est une bonne chose -, le crédit impôt-recherche – qui est une bonne chose -, il faut que tout ça soit mis ensemble pour faire une grande et véritable politique d’innovation. Je pense que nous devons trouver à l’échelle de la France et de l’Europe les moyens d’accorder un avantage fiscal très substantiel aux entreprises qui accepteront de mettre leurs centres de recherche en France et en Europe. C’est aussi une condition pour maintenir notre compétitivité.

Le troisième axe, c’est la réduction des déficits. Nous le savons, si l’Etat se prive des marges de manœuvre, l’Etat se prive de toute capacité d’orienter la politique, de toute capacité de servir les Français. Or aujourd’hui, nous en sommes dans une situation, avec 150 milliards de déficit, où ces marges de manœuvre n’existent plus. Il est donc essentiel, avec courage, de nous engager dans cette politique de réduction des déficits et de sortir de cette distribution de milliards qu’a marquée ces trois dernières années. Nous devons tout simplement être responsables, rigoureux, et faire face aux priorités.

Vous le voyez bien, je n’entends pas aujourd’hui présenter un programme, mais des pistes. Et c’est parce que j’ai le sentiment qu’au lendemain des élections, ce n’est pas une nouvelle politique, ce n’est pas un changement de politique qui a été choisi, alors qu’il s’impose, que j’ai décidé de créer un mouvement politique, un mouvement libre et indépendant, ouvert à tous, quels que soient leur origine, leur sensibilité, leur engagement, au-dessus des clivages partisans, qui pourra rassembler toutes les bonnes volontés. Servir la République, servir la France, c’est pour moi la clef de l’engagement politique. Et avec tous ceux qui nous rejoindront, nous porterons sur les fonds baptismaux ce mouvement politique le 19 juin à Paris, avec le souci d’apporter une contribution tout au long des prochains mois, de ces deux prochaines années, et le souci de défendre le moment venu nos idées et notre projet. Merci. »

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120 commentaires sur “Discours de Dominique de Villepin au Press Club de France”

  1. [...] d’homme d’Etat qui ont toujours cruellement manqué à l’actuel président. Son discours s’articule autour d’idées qui me sont chères : République, Nation, Etat, et [...]

  2. Radidja Jolivet dit :

    Bien que guaino soit plus connu pour ses écrits douteux que par le talent de sa plume, néanmoins il aurait mieux fallu pour sarkozy qu’il récite son discours au lieu de se risquer comme il l’a fait hier devant ces étudiants et sur le sol américain à jouer le « costaud » face à Obama. Faut pas jouer les durs quand on n’a pas l’allure. Ne reste plus qu’à miser sur le « concours de beauté » pour lui semble-t-il sauver les apparences en France avant 2012. Parfois j’aimerais être une petite souris pour connaître le contenu des rapports que font régulièrement les ambassadeurs étrangers sur la politique française. Obama a certainement apprécié les sordides stratégies de campagne.

    A quand un Obama Blanc ou Noir pour la France ?

  3. Jean-Paul Argami dit :

    L’existence d’une nouvelle voie à droite pourrait lui apporter une certaine bouffé d’oxygène. Et la diviser, d’ailleurs.
    Cependant, j’espère -sincèrement- que Dominique de Villepin ne va pas, comme François Bayrou, s’égarer dans un anti-sarkozy primaire et stérile. Nous sommes dans une période de crise et nous avons besoin d’un véritable débat contradictoire et de vraies idées constructives.

  4. Hakim dit :

    Monsieur,
    vous êtes la rêve qui est devenue réelle,
    je vous souhaite une belle réussite, et bon courage.

  5. zanibellato michel dit :

    suis heureux de voir un homme comme dominique villepin se redresser pour pouvoir redresser notre pays suis avec lui dans son debat et comùmentaire a soutenir ce futur candidat

  6. Billault Annie dit :

    Je suis heureuse d’etre adhérante au club depuis quelques semaines, trés déçue de la politique du gouvernement, celui ci ne veut rien voir ni entendre de la souffrance qui monte, continuez votre action . Merci

  7. Nadia KOTBI dit :

    Pour le nom du nouveau parti je suggère : Le C.N.R (pour : Conseil National de la … « Réflexion » ou de la … « Réforme », mais évidemment pas de la … »Résistance », car ce serait quelque peu irrévérencieux à l’égard du pouvoir en place).

    Qui dit mieux ?

  8. Nadia KOTBI dit :

    … ou alors C.N.R pour « Conseil National du Rassemblement », vraiment excellent : subtil et sobre !

  9. William dit :

    Monsieur, vous avez de trés bonnes intentions, de bonnes idées, et de bonnes pensées pour la France! on fera tout pour que vous puissiez les mettre en application ! Merci

  10. Jaume patrick dit :

    pour le nom du nouveau parti je suggère:

    pnpf parti national pour la France

  11. Gilles de Piran dit :

    Monsieur le ministre,
    Le 28 mars j’écrivais: »Il faut remettre la France au travail mais en apportant la compassion suffisante et non le mépris.
    Réforme des retraites : les Français veulent bien mais souhaiteraient que les députés se l’appliquent également….. »

    Compassion et retraites des députés et sénateurs ; des sentiments ressentis par le peuple que je vois tous les jours. Le gouvernement actuel met en application ces deux idées.

    La réforme des retraites va être un gros morceau à avaler et pourtant necessaire.Pour la rendre pérenne il faut agir sur les trois leviers en même temps :

    _ l’allongement de l’âge de départ a la retraite a 65 ans mais en permettant aux travaux pénibles de partir a 60 ans et revoir poste par poste ce qui était pénible et ce qui n’est plus (p.e. conducteurs de TGV et a l’inverse comme le cas de ce cantonnier victime de cancer du goudron .

    _ augmenter les cotisations au mettant 1 point de CSG ce qui revient a diminuer les retraites de 1 point (2éme et 3éme levier), bien sur en taxant de même les revenus de placements de 1 point de plus ce qui fait 13 %.

    _ pour la securité sociale il faut appliquer une TVA sociale et demander aux seniors plus consommateurs que les jeunes un effort supplementaire de 1 point ou 2 de RDS. Ils comprendraient très bien en leur EXPLIQUANT qu’ils ne faut pas laisser cette dette a leurs petits-enfants.

    Pour une paix sociale et une répartition généreuse des richesses remettre sur la table la PARTICIPATION chère au Général De Gaulle.

    Veuillez m’excuser si j’ennuie tout le monde sur ce forum.
    GdP.

  12. AUVILLE Daniel dit :

    Je le redis, il faut revenir aux fondamentaux de la 5ième République et au discours de BAYEUX ainsi que toute la splendeur du programme du C.N.R. Rien de plus.

  13. Hervé BOMPARD-EIDELMAN dit :

    Quelques questions se posent désormais : allez-vous rester au sein de l’UMP ? Si oui, avec qui et pour y faire quoi ? Reprendrez-vous les petits jeux politiciens des petites alliances politiciennes dans un petit milieu politicien qui adore « Le Canard Enchaîné » et Jean-Michel Aphatie ? Si vous êtes élu, piocherez-vous, comme tous les autres, dans le petit milieu de l’UMP, du Nouveau Centre, bref, comme d’habitude ? Vous ne parlez jamais de l’opposition : qui est, pour vous, l’opposition ? La droite UMP ou la ou la gauche sociale-démocrate ? Pour vous, le Parlement est-il là aussi pour contrôler l’action du législateur ? Vous ne le dites à aucin moment… Pour vous, le gaullisme, c’est Juillet et Garraud ou un peu plus moderne et nettement moins opaque ? Prendrez-vous des jeunes à l’Elysée pour mettre en place des projets ponctuels ? Vous entourerez-vous uniquement d’énarque ou y aura-t-il des gens duy peuple bourrés de talent, de génie, de savoir-faire, et d’expérience ?

    Etc… Vous n’avez, en réalité, répondu à aucune question concrète. Vous jouez sur la fibre émotionnelle, dans le registre émotionnel. C’est facile, c’est payant à court terme et ça flatte lego. Mais cela ne peut pas tenir lieu de discours politique, de projet politique, de valeurs politiques.

    Soyez un peu plus courageux et dites les choses franchement : seriez-vous prêt à gouverner avec Ségolène Royal ? Pas si idiote que ça, comme question, sauf si vous vous croyez un destin personnel et solitaire, mais ça, les Français en ont soupé avec Bayrou et Sarkozy.

    Cordialement,

    Hervé BOMPARD-EIDELMAN

  14. Le Du Eric dit :

    Cette déclaration d’intention est courageuse ! Mais de grace faites ce que vous dites et dites ce que vous faites.

    Je suis breton depuis plusieurs génération, ancien commissaire aux armées, désormais expert en protection sociale.
    Je suis lié a Elena, d’origine ukrainienne dans ma vie privée et vous en parle car nous devons subir les pires humiliations de l’administration française depuis de longs mois. Impossibilité de visa, maltraitance, obscurantisme, absence de reponse des autorités. Nous sommes l’un et l’autre des citoyens honnêtes mais nourrissons certainement les statistiques sordides de refus de visa qui confortent l’opinion… pendant ce temps, des milliers de clandestins entrent sur le territoire… Où est la france républicaine, Le Liberté Egalité Fraternité ? Je ne vois que du racisme ordinaire et de la haine. J’ai honte d’être français quand ma future épouse me demande pourquoi la france ne veut pas d’elle. Ne parlons pas de sa famille… Il y aurait crainte pour la sureté de l’etat.

    J’ai toujours été libéral mais avec un idéal de justice et d’équité. Nous devons avancer ensemble dans un monde qui doute. Les amis des dirigeants du CAC 40 ne l’ont toujours pas compris…

    « Je suis inquiet car je perçois une société qui se fragmente, où le chacun pour soi remplace l’envie de vivre ensemble » JP Delevoye Médiateur de la république

  15. Le Du Eric dit :

    proposition de nom pour votre futur parti : « Rassemblement Pour une France Nouvelle »

    A vos imaginaires !

  16. niengele dit :

    Oui monsieur, votre discours est séduisant et convaincant malgré son silence sur certains points. Mais comme vous le dites si bien, il ne s’agit que des grandes lignes de votre projet. Nous attadrons le 19 juin pour savoir si vous êtes réellement l’homme de la situation et surtout nous espérons que votre projet nous apportera les précisions qui manquent à votre discours pour déterminer votre stratégie politique : votre positionnement par rapport à l’UMP, etes-vous dédans ou déhors ? Je suis français d’origine africaine et je serais tout particulièrement attentif à votre vision de l’afrique. Cordialement

  17. laroux dit :

    lu le dernier discours de Dominique de Villepin.Entièrement d’accord.Merci de continuer, de persevérer;Nous avons besoin de ces réflexions et de ces débats.Dès que le mouvement ou parti est constitué, j’adhère et je milite.

  18. Pamela Berber dit :

    Bonjour,

    Je viens de lire attentivement votre déclaration et je suis entièrement d’accord sur le principe. On retrouve dans votre discours ce qui fait vraiment la France et cela vous honore! Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un discours aussi cohérent.

    Cependant, je m’interroge : vous dîtes qu’il faut revenir aux fondamentaux, mais qu’est-ce que vous comptez faire des réformes qui ont été entamé? Allez-vous tous les « démolir »?

    Je ne pense pas qu’il faille tout déconstruire mais suspendre les réformes qui ne font qu’accroître les inégalités en attendant de les réadapter. Quoiqu’on en dise une réforme entamé, aussi injuste soit elle, produit des conséquences et tout faire disparaître contreviendrait au principe de la sécurité juridique et ce n’est pas respecter l’idée de démocratie.

    Votre exemple sur le bouclier fiscale me semble intéressante, pourquoi pas en faire de même avec la carte judiciaire? Étant étudiante en droit, j’avoue être intéressée par votre position en la matière.

    En ce qui concerne la réforme de la procédure pénale, je suis totalement d’accord avec vous, on devrait faire en sorte que le Parquet ne soit plus soumis au politique. Ceci nous évitera d’être épinglé par la CEDH pour le manque d’indépendance de nos procureurs, la dernière condamnation remontant au 29 mars 2010 je le rappelle(affaire Medvedyev).

    Je vous souhaite bon courage pour la suite de votre action. J’espère que votre grand rassemblement du 19 juin sera un succès.

  19. Delamoriniere dit :

    Bonjour,
    J’écoute votre discours après en avoir lu une partie et me revient l’idée d’une république solidaire.
    Aujourd’hui, dans Paris, deux personnes m’ont solicité : la première pour des livres de Yoga, la seconde, je ne lui ai pas laissé le temps de me le dire.
    Nous vivons tous cette expérience : soit que nous solicitons l’intérêt des autres, soit que nous sommes solicités par les autres.
    Je m’interroge à travers cette réaction qui consiste dans le refus d’accépter l’offre qui nous est faites. Parce qu’elle l’est par un inconnu, parce que nous n’avons pas gardé un bon souvenir de cette fois où nous nous sommes rendus disponible. Je m’interroge sur la possibilité de la solidarité.
    Il ne me parait effectivement pas évident aujourd’hui, dans la France, en sa réalité, de trouver une forme de solidarité remédiable à ceux qui en ont besoin. Car il m’apparait qu’ils jouissent d’un aura négatif, issu de l’image qui s’accole à eux par truchement, d’individus qui méritent la méfiance.
    Je ne crois pas, en République, qu’il s’agisse d’être solidaire entre-nous. Mais bien d’apporter une réponse adéquate et entreprenable à la souffrance. Cependant, l’absence d’évidence de solution de solidarité à apporter en remède montre qu’il y a bien une dérive inquiétante en France. Parce que nous n’avons aucun indice d’issue aux différents projets démocratiques qui nous sont proposés et que par ailleurs les maux ne paraissent pas traités en définitive.
    Sincèrement votre.

  20. Le Marmouset dit :

    Et à tout cela, il m’apparait qu’il convient d’y ajouter le Travail, l’emploi. Sans cela, comment faire pour respecter la devise- notre devise – Liberté – Egalité – Fraternité-. Il faut être solidaire, et, partant, savoir partager. Partager les richesses, c’est partager le travail. Ce fameux temps de travail qui permet de vivre, sinon de survivre. Là aussi il faut s’interroger. L’Ere Informatisée est là aussi qui nous interpelle. Que fera l’homme qui verra ce qu’il fait être pris en charge par une machine. La perte de son emploi l’éloignera du groupe et il perdra son identité.Il ne participera plus à la vie de la société ne payant plus de cotisations sociales, ni les retenues pour les systèmes de retraites. Au fait, les robots payent-ils des cotisations sociales ? Participent-ils aux systèmes de retraite ?…il y en a des choses à faire pour améliorer -et non détruire- ce qui a été fait pour l’HOMME. A suivre…

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