Logo de République Solidaire, le mouvement politique de Dominique de VILLEPIN
Site Officiel de République Solidaire
La Lettre d'information  

La désunion est la véritable cause de la crise de l’euro, par Dominique de Villepin . La Croix


« Ouvrons les yeux, c’est peut-être le dernier été de l’euro et de l’Union européenne telle que nous la connaissons. Si cela arrive, nous Européens ne pourrons nous en prendre qu’à nous-mêmes. Depuis trois ans nous n’avons cessé de glisser sur la même pente fatale sans qu’aucun Conseil européen y ait rien changé. Pourquoi ? Parce qu’on s’est trompé de diagnostic.

Les uns ont eu vite fait de déclarer les dettes publiques responsables de trajectoires nationales insoutenables. Pourtant, ce diagnostic n’explique pas dans ce cas que l’Espagne s’enfonce ainsi. Elle avait une dette limitée avant 2008. Elle s’est tenue à un calendrier de maîtrise des dépenses publiques depuis lors. Rien n’y fait, les marchés ne cessent de la harceler à cause de sa récession.

Du coup, les autres accusent l’euro fort, parce qu’il a lesté d’une enclume des économies qui ne savaient pas nager. Pourtant, quand l’euro baisse, comme aujourd’hui, on voit bien que cela ne suffit pas à restaurer la compétitivité, notamment à cause du coût de l’énergie, libellé en dollars.

Les uns comme les autres n’ont que la moitié de la vérité. Déficits publics et euro fort sont une seule et même chose, le prix de la division au sein d’une union inachevée.

Maastricht créait une zone économique intégrée où les régions les plus faibles voyaient leur industrie et leur production étouffer et devenaient les récepteurs naturels des produits des régions les plus fortes. Aux États-Unis ou dans l’immense Chine, il y a des différences de productivité et de développement industriel au moins aussi grandes qu’entre la Grèce et l’Allemagne. Mais, à coups de transferts intérieurs et de taux d’intérêt communs, Los Angeles est solidaire de New York ou de l’Ohio, comme Shanghaï est solidaire de Pékin ou du Sichuan, quand la Ruhr, Paris et Athènes n’y arrivent pas.

Quand on se trompe de diagnostic, on se trompe aussi de remède. L’enjeu, ce n’est pas crime et châtiment sur les fauteurs de dettes d’Europe. Si nous continuons dans la voie de l’austérité, nous tuerons la croissance européenne pour dix ans sans rien gagner sur le front de l’endettement.

L’enjeu, ce n’est pas davantage servitude et révolte aux temps de l’euro fort. Si les pays du Sud tordent le bras à ceux du Nord en effaçant l’ardoise pour cette fois, ou si nous imaginons – ce qui est aujourd’hui le plus probable – que la Banque centrale européenne se substitue au politique défaillant et qu’elle reste dans les livres d’histoire comme celle qui sauva à au moins deux reprises l’euro, cela suffira-t-il ? Non, car, mécaniquement, cette solution reviendrait à terme à masquer à nouveau la division, mais cette fois par l’inflation. Nous deviendrions une autre Amérique, criblés de dettes, quasiment ingouvernables et pris dans une fuite en avant dangereuse, sans pour autant disposer, pour notre part, des privilèges d’une monnaie de réserve.

L’enjeu, c’est l’union jusqu’au bout ou la dispersion. Car, divisés, nous ne ferons pas le poids dans la mondialisation et y serons un à un vassalisés. Surtout la France. Même l’Allemagne. La seule réponse qui vaille, dès lors, c’est l’union. Et, disons-le clairement, l’union politique qui est évoquée depuis quelques mois n’est qu’un vain mot.

Concrètement, l’union, cela veut dire la mutualisation durable des dettes européennes, pas un effacement caritatif, à hauteur d’un certain pourcentage d’endettement national, 60 % par exemple, au moyen d’euro-obligations.

Cela veut dire un budget communautaire conséquent, capable d’assurer des transferts vers les régions en difficulté. Avec 1 % du PIB européen, lesté en outre de contrepoids et d’élastiques pour que chacun reçoive autant qu’il paye, ce budget est simplement ridicule. Il faudra un impôt européen, par exemple une partie de la TVA devenant communautaire.

Cela veut dire des instances de décision communautaires en matière de politique économique, c’est-à-dire un gouvernement économique incarné par une personnalité forte. Il faudra fixer des orientations d’aménagement du territoire européen et de mise sur pied de grands champions européens.

« S’unir, ou périr »,  écrivait Benjamin Franklin en 1754, visionnaire, à propos de ce qui allait devenir les États-Unis d’Amérique. Aujourd’hui la même chose est vraie de l’autre côté de l’Atlantique. Européens de tous les pays, réveillez-vous. »

Partager :
  • Facebook
  • Twitter
  • Google Bookmarks
  • MySpace
  • viadeo FR
  • Technorati
  • Yahoo! Buzz
  • LinkedIn
  • Wikio FR
  • Yahoo! Bookmarks
  • PDF
  • Print
  • email

Un commentaire sur “La désunion est la véritable cause de la crise de l’euro, par Dominique de Villepin . La Croix”

  1. Philippe dit :

    Bonjour Mr de Villepin, je partage votre point de vue ainsi que vos doutes quant à la volonté de nos décideurs politiques au sein de l ‘ UE de vouloir une vraie Union de nos Nations. Il est vrai wue la désunion sur la solution pour aider la Grèce a coûté cher à ce pays-même mais aussi à l’ UE quant à sa capacité á régler seule ce problème qui n’ aurait dû suinter au delá de nos frontières communautaires. Juste un simple rappel historique Mr de Villepin. Mars 2010, la Grèce annonce ses difficultés budgétaires et son incapacité á endiguer son endettement. La France veut aider la Grèce : l’ Allemagne et A.Merkel veulent temporiser. Pour s’ aligner quelques semaines plus tard ( 8 au total ) sur la position francaise. Au final, le coût de la dette grecque aura augmenté de 38 Mrds d’ Euros durant ce lasp de temps : les Marchés ayant l’ incertitude en horreur…… On se rend compte du non-sens de créer une structure monétaire sans un socle politique viable. On en paye les conséquences aujourd’ hui. Aux leaders politiques de notre pays de tirer la sonnette d’ alarme. Sinon. gare aux lendemains de « gueule de bois « .

    Philippe Dahbi

Laisser une réponse


NOS POSITIONS
LIENS UTILES